[Pierrot Dupuy] L’ile Maurice est-elle en train de devenir une dictature ?

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Je conçois que dire comme ça que l'ile Maurice est en train de devenir une dictature peut choquer. Ou tout au moins vous faire vous interroger.

Serais-je en train de devenir fou? Enfin, comment puis-je affirmer une chose pareille, êtes-vous sans doute en train de vous demander?

Tous les ans, des dizaines de milliers de Réunionnais partent en vacances dans l'ile soeur, profitent de ses hôtels 5*, de ses plages de sable fin... Et force est de reconnaitre qu'ils n'ont pas l'impression de vivre dans une dictature.

Et pourtant... Depuis quelques mois, des événements très graves se passent chez nos voisins mauriciens et personne n'en parle. Tout au moins à la Réunion car, à l'ile Maurice, des voix s'élèvent de plus en plus nombreuses pour dénoncer des atteintes intolérables à la démocratie.

La Cour Européenne des Droits de l'Homme, dans un de ses arrêts de référence, a déclaré que la presse et les journalistes étaient "les chiens de garde de la Démocratie". Et qu'à ce titre, elle devait être protégée.

A l'ile Maurice, tout le monde sait que la presse n'est pas vraiment libre. Que la censure existe et qu'à plusieurs reprises des journalistes se sont retrouvés en prison. C'est d'ailleurs pour cette raison que nous avons décidé de domicilier légalement notre site d'information mauricien, Zinfos-Moris à la Réunion ,de façon à pouvoir échapper aux mesures de représailles du gouvernement. Mais depuis quelques semaines, le gouvernement du Premier ministre Pravind Jugnauth a décidé de passer à la vitesse supérieure en matière de répression.

Une loi punissant de 10 ans de prison les auteurs de messages électroniques vexant, menaçant, pouvant déranger ou agacer un autre individu

Hier, le journal L'Express révélait que le président de la République mauricien par intérim, Barlen Vyapoory, avait promulgué la Judicial and Legal Provisions Act, "malgré les critiques et craintes exprimées par les Mauriciens".

Cette loi a vocation à restreindre non seulement la liberté d’expression des internautes mais aussi celle de la presse. Les médias en ligne encourent, tenez-vous bien, jusqu’à dix ans d’emprisonnement.

Interrogé par L'Express, le chef de l’État par intérim a affirmé que la majorité des internautes n’a rien à craindre. "S’ils n’ont rien fait de mal, ils ne seront pas inquiétés. Mais forcément, ceux qui font tort à autrui seront sanctionnés. C’est une loi pour protéger les bons", a déclaré Barlen Vyapoory.

Cette nouvelle loi punira de dix ans de prison toute personne qui "envoie un message électronique qui peut être vexant, menaçant, peut déranger ou agacer un autre individu". Or, comme le font remarquer certains juristes, les dispositions de la loi sont très vagues et permettront tous les abus

Pour un ancien attorney général, Yatin Varma, cité par L'Express, il ne s’agit ni plus ni moins que d’un outil politique entre les mains du gouvernement visant à faire peur.



Un opposant mauricien a failli se faire expulser de Dubaï à la demande du gouvernement

Cette décision, à elle seule, aurait eu de quoi inquiéter. Mais elle n'est malheureusement pas isolée.

Comme le rapporte Zinfos-Moris, Shameem Korimbocus, un ressortissant mauricien qui travaille et vit à Dubaï, s’était fait un nom en créant une page FacebookLa vérité ki pou dérange Zot suivie par plus de 250.000 utilisateurs.

Il n'hésitait pas à y dénoncer sous forme de courtes vidéos, la situation politique à Maurice, avec toujours beaucoup d'humour.

Hier, il a reçu la visite d'une poignée d'officiers des services secrets de Dubaï munis d'un mandat d'arrestation et d'expulsion, le tout à la demande du gouvernement mauricien.

Il n'a du son salut qu'à ses contacts en Arabie Saoudite. Mais il a publié un message sur sa page Facebook annonçant qu'il arrêtait ses publications et qu'il était prêt à laisser sa page à quiconque souhaiterait la reprendre.

On apprenait dans la soirée qu'il avait été contraint de signer un document donnant la garantie qu'il ne critiquera plus le gouvernement mauricien sur Facebook. Au cas contraire, il se ferait expulser de Dubaï...

Des cocktails molotov sur la maison d'un opposant

Enfin,
des cocktails molotov ont été lancés la nuit dernière, vers 4h du matin, sur la maison d'Hassenjee et Farihah Ruhomally, deux opposants au gouvernement.

Ce couple avait déjà été interpellé à deux reprises par la police, une fois suite à une plainte de Showkutally Soodhun, un ministre très proche des milieux islamistes et se rendant régulièrement en Arabie Saoudite et à Dubaï, et une autre fois après la publication d’une photo de Kobita Jugnauth (l'épouse du Premier ministre) et de Sherry Singh (un homme très proche de la Première dame) sur Facebook.

Là aussi, le gouvernement a gagné.

Quelques heures après le jet de cocktails molotov, Hassenjee Ruhomally annonçait sur sa page Facebook qu'il allait arrêter ses critiques publiques :"Ceci sera possiblement mon dernier poste sur la situation politique dans ce pays. Je préfère déclarer vaincu. Car aujourd’hui, malheureusement, je dois mettre à l’abri ma famille. Seuls, ma femme et moi, on ne peut se battre contre la répression. Vous avez gagné. J’ai toujours ma liberté de pensée. Et cela personne ne pourrait me le prendre. Toutefois, je vais informer la presse internationale, les Nations unies s’il le faut, et mettre un cas en cour suprême, pour que Maurice retrouve sa liberté. Je suis un dur à cuire, et je me battrai avec des armes légales, pas comme des LACHES".


Ca commence à faire beaucoup, vous ne trouvez pas?

Comptez sur Zinfos et sur Zinfos-Moris pour vous tenir au courant de l'évolution de la situation.

Et petit message à l'attention de nos confrères mauriciens : si d'aventure, vous disposiez d'informations que vous souhaitez publier mais que vous ne pouvez le faire à l'ile Maurice par peur de la censure, voire de la prison, nous sommes prêts à vous accueillir sur Zinfos-Moris et de vous publier de façon totalement anonyme.

Le fait que le site soit domicilié à la Réunion le place sous la protection de la loi française et donc à l'abri de toute pression du gouvernement mauricien.

www.zinfos974.com

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