Crash d’Air Moorea : les prévenus contestent entièrement les faits

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PAPEETE, le 10 octobre 2018 - Les prévenus ont été appelés à la barre ce jeudi lors de la troisième journée du procès du crash d’Air Moorea, qui avait coûté la vie à vingt personnes le 9 août 2007. Face à certains témoignages relatifs aux problèmes de maintenance et de communication au sein de la compagnie à l’époque des faits, les mis en cause se sont défendus d’avoir eu une quelconque responsabilité quant à l’origine du crash.

Mardi, lors de la journée consacrée aux témoignages des parties civiles, de nombreux reproches avaient été faits aux prévenus qualifiés d’individus « insensibles » face à la douleur exprimée par les familles. Durant les premières minutes de l’audience ce mercredi, Manate Vivish, Directeur d’Air Tahiti, représentant en qualité de personne morale de la compagnie Air Moorea, a demandé à prendre la parole pour réitérer sa « compassion » et sa « sympathie » à l’égard des proches des victimes : « nous aussi, nous sommes des pères et des grands-pères et nous nous mettons à la place de ces gens. Nous ne sommes pas insensibles face à ce désespoir et notre silence pendant 11 ans n’était pas de l’indifférence, mais de la déférence. Aujourd’hui, nous avons un devoir de vérité car les techniciens que nous sommes ont été écartés de la procédure. Malgré la douleur, nous abordons ce procès avec soulagement. »

Après cet interlude, qui a laissé les parties civiles de marbre, le tribunal a évoqué différents témoignages recueillis auprès de pilotes et d’employés de la compagnie à l’époque des faits.

En 2007, suite au crash, les ressentis diffèrent. Certains saluent une « bonne ambiance » sans pressions de la part de la direction et attribuent l’accident à une « erreur de pilotage. » D’autres déplorent une « compagnie qui fonctionne à l’économie », une « mauvaise ambiance » doublée d’un « manque de transparence » et d’un flagrant « manque de communication. » L’un des pilotes avance même que le crash est dû à la « conjonction d’une mauvaise politique de maintenance, de recrutement et de formation » au sein d’Air Moorea. Au travers de toutes ces déclarations, il apparaît que le fonctionnement de l’atelier mécanique qui se situe à l’aéroport de Moorea est remis en cause. Il y a peu de communication entre les pilotes et les mécaniciens. Depuis qu’ils doivent entretenir des appareils supplémentaires pour le compte d’une autre compagnie, ces deniers rencontrent, selon certains témoignages, une « surcharge de travail. » Autant de dysfonctionnements auxquels le tribunal a confronté les prévenus ce mercredi lors de la troisième journée du procès.

« Ame et conscience » A la barre, l’ex-directeur général de la compagnie, Freddy Chanceau, semble serein. L’ambiance ? Il la trouvait « bonne. » Sa réaction face aux témoignages évoqués par le tribunal provoque l’agacement des parties civiles : « il y a un traumatisme lié à cet accident. Si vous aviez posé ces questions avant le crash, ces gens auraient répondu différemment. » Le président du tribunal l’interroge : « pour vous, avant cet accident, il est clair qu’il n’y a eu aucun problème de maintenance ? » « Oui, c’est clair », répond M. Chanceau avant d’énoncer son « intime conviction » : « en mon âme et conscience, je peux dire que la cause du crash n’est pas la rupture du câble. »

Vient ensuite l’audition de Jacques Gobin, directeur technique d’Air Moorea, auquel de nombreux employés reprochaient un caractère « difficile. » Il affirme qu’il n’y avait pas de problèmes relationnels au sein de la compagnie mais un problème de communication lié à la distance entre l’atelier technique et la zone d’embarquement. Ce qui explique, selon lui, le peu de rapports entre les pilotes et les mécaniciens.


Jean Pierre Tinomano, responsable de production, semble timide à la barre. Il l’affirme, sur les cloisonnements entre les services et la direction, sur les cadences épuisantes de travail, il n’a rien à dire hormis que les relations étaient « bonnes. » Mais le président du tribunal reprend les déclarations faites par M. Tinomano après le crash. Interrogé en 2007, l’homme émettait un « constat d’échec » : « j’ai tout fait pour que les mécaniciens appliquent la politique relative aux normes de sécurité mais je n’ai pas réussi à les faire adhérer. » « Vous dites que vous avez baissé les bras mais vous auriez pu faire remonter les informations » remarque l’un des magistrats.  « J’en ai parlé à M Chanceau qui m’a dit que les choses allaient s’améliorer. » L’ex directeur d’Air Moorea, interrogé sur la véracité de cet échange qui était « un appel au secours » affirme que la situation s’était améliorée. « Enfin, il y a tout de même eu le crash ! » s’étonne le président du tribunal. Freddy Chanceau le répète « encore une fois » : « nous ne pensons pas qu’il y ait un lien entre le crash et la câble. »

Andriamanonjisoa Ratzimbasafy, dirigeant du GSAC en Polynésie française, est longuement questionné par le tribunal en fin de matinée. Il explique qu’il effectuait des audits plusieurs fois par an auprès de la compagnie, certains étaient programmés, d’autres étaient inopinés, mais il n’a jamais « notifié d’écarts » qui auraient pu « affecter la sécurité des vols. »




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