Condamné à 8 ans de prison pour avoir prostitué des jeunes « vulnérables »

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PAPEETE, le 13 mars 2018 - Le prévenu, âgé de 42 ans, comparaissait pour « proxénétisme aggravé, atteinte sexuelle sur mineur de 15 ans et recours à la prostitution de mineur.» L’homme, déjà incarcéré pour des faits de même nature en 2012, a été condamné par le tribunal correctionnel à une peine de 8 ans de prison ferme.

Le 20 mars 2017, le personnel d’un lycée de Papeete signale un individu à la Direction de la sécurité publique (DSP.) Selon les membres de l’établissement, l’homme serait à la tête d’un réseau de proxénétisme. Dans la foulée, une jeune femme à peine majeure est entendue par les enquêteurs. Elle confirme les faits dénoncés par le lycée en expliquant qu’elle se prostitue pour une somme comprise entre 10 000 et 20 000 francs par passe. L’adolescente indique que l’homme l’a approchée en passant par une connaissance commune. Alors qu’elle venait d’être exclue de sa famille, il lui a proposé de se livrer à ces actes en lui faisant miroiter de l’argent, « il m’a dit qu’il avait des filles, j’ai compris que c’était un mac. ».

L’audition d’une deuxième victime mineure éclaire un peu plus le mode de fonctionnement du prévenu qui recrutait des jeunes filles, souvent en difficulté sociale et familiale, afin de les prostituer. L’homme utilisait les réseaux sociaux pour trouver des clients chez lesquels il emmenait les adolescentes avant de prendre l’argent. L’enquête laisse apparaître que deux gardiens de prison avaient fait appel au prévenu pour trouver une prostituée. Le proxénète hébergeait certaines des victimes au sein de l’appartement qu’il occupait depuis qu’il s’était séparé de la mère de ses cinq enfants et leur procurait de l’alcool ainsi que de la nourriture. Face aux enquêteurs, le prévenu avait reconnu les faits, expliquant qu’il était une sorte d’« intermédiaire, d’organisateur » du réseau. Malgré ses promesses, il ne donnait jamais d’argent aux victimes.

A la barre ce mardi, le prévenu, peu bavard, est particulièrement calme. Il reconnaît de nouveau les faits tout en tentant de les minimiser. Alors que le président du tribunal l’interroge : « avec le recul, ne pensez-vous pas avoir profité de leur extrême fragilité en leur proposant un logement, de l’alcool puis la prostitution pour en tirer les bénéfices ? », l’individu acquiesce : « c’est en détention que j’ai commencé à comprendre que ce n’était pas bien. Mon défaut, c’est mon attirance pour les plus jeunes.»

Puis, les magistrats relatent l’expertise psychiatrique du prévenu qui évoque « une personnalité antisociale aux tendances pédophiles. Cet individu a une perception de ses capacités qui est supérieure à la réalité et présente un état dangereux au sens criminologique du terme. Il semble n’avoir rien compris de la souffrance des victimes et de la gravité de ses actes. » A l’écoute de cette lecture, l’un des assesseurs s’adresse au proxénète : « avez-vous vérifié si vous étiez porteur de maladies sexuellement transmissibles avant d’avoir des relations sexuelles avec de nombreux mineurs ? Utilisiez-vous des préservatifs ? » Le prévenu baisse la tête et répond : « parfois. »

Jeunesse en déshérence Lors de sa plaidoirie, l’avocat de l’une des victimes s’est déclaré profondément "mal à l’aise" face à ce dossier : « le prévenu se comporte d’une manière surprenante, nous avons l’impression de faire face à une anguille qui navigue à la fois dans des eaux troubles et dans le sens du vent. Nous nous sentons bernés car il est un peu charmeur et s’exprime très bien. Il donne l’apparence de quelqu’un qui a intégré les faits mais en réalité, c’est de la manipulation. »

Requérant une peine de 7 ans de prison ferme, le procureur de la République a évoqué l’exploitation d’une « jeunesse en déshérence, une jeunesse abandonnée, fragilisée et facile à manipuler. Le prévenu essaye de paraître sympathique mais les faits démontrent le contraire. Il ne montre ni affect, ni considération à l’égard des victimes (…) Je demande aussi aux parents de prendre conscience que l’on ne peut abandonner son enfant dans la rue, c’est aussi un métier d’être parent ! »

Pour la défense du prévenu, Me Roy a tenté d’expliquer qu’à l’époque des faits, l’homme se trouvait dans un état de « déchéance morale, familiale et sentimentale. Il venait de se séparer de sa femme et d’être exclu de son appartement (…) Il a un problème avec son identité sexuelle. »

Après en avoir délibéré, les magistrats ont condamné l’individu à 8 ans de prison ferme, obligations de soins, de formation et d’indemnisation.

Au terme de l’audience, le prévenu, qui s’est dit « bisexuel », a souhaité demander pardon : « je veux m’adresser aux victimes et m’excuser de ce que j’ai fait et de ce qui a pu leur arriver. »
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