3 et 4 ans de prison pour deux Portugais après un terrible accident sur la "route de la mort"

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Moulins,France|AFP|mercredi 13/06/2018 - "Un cercueil sur roues". Le chauffeur portugais d'un fourgon sommairement transformé en minibus et son oncle, propriétaire du véhicule, ont été condamnés mercredi à trois et quatre ans d'emprisonnement après la mort de douze de leurs compatriotes dans une terrible collision sur la "route de la mort".

Le tribunal correctionnel de Moulins (Allier) a assorti leurs peines d'une annulation de leurs permis de conduire pendant cinq ans et d'une interdiction d'exercer une activité professionnelle dans le secteur du transport de personnes.
Ricardo Martins Pinheiro, 22 ans, et son oncle, Arménio Pinto Martins, 44 ans, étaient jugés pour "homicide involontaire" et "violation délibérée d'une obligation de sécurité ou de prudence".
Les deux hommes, qui ne feront pas appel, seront convoqués ultérieurement par un juge d'application des peines pour les modalités d'exécution de leurs condamnation en France ou au Portugal.
Le 24 mars 2016, douze personnes âgées de 7 à 62 ans avaient pris place dans un fourgon Mercedes, qui s'est encastré dans un poids-lourd sur la route Centre-Europe Atlantique (RCEA), tristement célèbre pour sa dangerosité.
Parti du canton de Fribourg (Suisse), le véhicule avait pour destination la région de Guarda où les voyageurs prévoyaient de passer les fêtes pascales.
Vers 23H30, alors qu'il doublait un véhicule à Montbeugny près de Moulins sur la nationale 79, le fourgon avait percuté un camion italien "dans un choc frontal d'une violence inouïe", selon la procureure.
Les passagers, dont certains n'avaient pas de ceintures de sécurité, étaient morts sur le coup.
"Le piège mortel, ce n'était pas la RCEA, c'était le maudit +Sprinter+. On a enfermé les passagers dans un cercueil sur roue", a dénoncé la procureure de la République Emmanuelle Fredon qui avait requis quatre ans de prison pour les deux.
Une banquette de bus rouge avait été sciée et attachée le matin même sur un socle en contreplaqué provenant de mobilier de bureau. Sans place assise, une fillette voyageait sur les genoux de ses parents.
Oncle et neveu, qui ont timidement exprimé des excuses auprès des familles des victimes, ont regretté s'être "fait confiance" et se sont renvoyé la responsabilité de l'accident.
"A 19 ans, il aime voir du pays. Il ne peut avoir conscience du danger. Son oncle lui a fait confiance, sans doute surestimée parce que c'est un membre de sa famille", a expliqué l'avocat de Ricardo Martins Pinheiro, Me Antoine Jauvat.
Assurant n'avoir "aucun souvenir" du drame, le jeune chauffeur, à la voix peu audible et couverte par celle de son interprète, a estiméqu'il était "suffisamment expérimenté" pour conduire le véhicule, bien qu'il ne possédât pas le permis de conduire nécessaire pour transporter plus de neuf passagers.
L'accident ? Problement dû à un "endormissement" alors qu'il tentait un dépassement à gauche, selon lui.
"Des propos incohérents", qui ont agacé le président du tribunal Philippe Vignon, devant les "trous noirs" à répétition du prévenu.
"Depuis le départ en Suisse, on a un moyenne de conduite de 120 km/h", au lieu des 90 et 110 autorisés sur la RCEA. "La mort était au bout du chemin", a renchéri Emmanuelle Fredon, en pointant les imprudences commises par le chauffeur, dont la dernière a conduit à un choc "d'une violence inouïe".
L'oncle, un ancien ouvrier de chantier, s'était lancé en mars 2015 dans une activité non déclarée de transports de personnes fonctionnant par bouche-à-oreille - avec "trois à quatre voyages" par mois entre les deux pays, payés "200 euros" l'aller-retour.
"On est dans le goût du lucre", a jugé la procureure, allant jusqu'à évoquer "une association de malfaiteurs" entre les deux hommes.
"Cette peine me semble pas totalement disproportionnée, cela aurait pu être pire. Il n'y a pas de mandat de dépôt; ils peuvent rentrer au Portugal", a relevé l'avocat de l'oncle, Me Antoine Portal.
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