​Le grand bluff

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​Le grand bluff
Ameenah Gurib-Fakim : « J'ai la conscience claire car je n'ai absolument rien à me reprocher ». C'était lors de son discours officiel à la State House dans le cadre du lancement de son livre « From Le Réduit to the State House ». Alors qu'elle est au centre d'une polémique qui a provoqué une crise au sommet de l'Etat, la présidente de République de Maurice se demande « quel crime elle a commis ».

Jouant à souhait la cruche et se drapant de son petit rôle de vase à fleurs qu'on a souvent pu lui reprocher, elle s'est défendue d'avoir violé la Constitution et se demande pourquoi l'affaire Platinum Card a éclaté, «à la veille des 50 ans de l'Indépendance du pays» et «de la Journée internationale de la femme» tout en demandant à ses “sœurs” de faire entendre leur voix.

Elle affirme avoir "remboursé" en mars 2017 l'argent qu'elle avait utilisé pour ses achats personnels à travers une carte de crédit mise à sa disposition par l'ONG Planet Earth Institute, dirigée par l'homme d'affaires controversé, Alvaro Sobrinho.

Le relevé rendu public par le journal l'Express établit que la carte bancaire a été utilisée en 2016, une vingtaine de fois par la Présidente, notamment dans des boutiques duty free. Coût de notre addict au shopping : presque un million de roupies pour divers achats de bijoux, de vêtements et de chaussures haut de gamme.

Après la publication de l’article, la Présidente nie et met au défi le journal de prouver l’authenticité du document bancaire. Mais semble ne toujours pas réaliser que c'est une curieuse et singulière pratique que d'utiliser une carte bancaire destinée à financer les activités d’une ONG à des fins personnelles.

La présidente de la République n'en démord pas. «Some people are trying to paralyse the institution with partial truth. Où était mon crime? Dans l’exercice de mes fonctions au sein du Planet Earth Institute, j’ai eu une carte. J’ai remboursé mes dépenses. Je ne dois rien à personne». V'lan ! Circulez y'a rien à voir.

Entre tweets assassins et communiqués sur Facebook, madame la Présidente a affûté ses armes et monte au créneau. Elle écarte toute possibilité de démission, contrairement à ce qu’avait affirmé le Premier ministre lors d’un point presse vendredi dernier dans un numéro de grand bluff où il avait affirmé que :

La présidente de la République démissionnera après la fête nationale du 12 mars, mais avant la reprise parlementaire. La veille, le Conseil des ministres avait décidé de la destituer de son poste. Ce qui avait été officiellement annoncé et repris par la presse étrangère.

Le divorce est prononcé. Elle et lui "ne sont pas sur la même longueur d'onde". Le plus haut poste de l'État et le plus haut poste du gouvernement sont en désaccord. Il y a, en d'autres termes, une crise constitutionnelle à la tête du pays. Une première dans l'histoire de l'île Maurice.

Dans un cafouillage grotesque qui frise le ridicule, alors qu'il avait initialement sommé la Présidente de quitter le Château du Réduit avant l'arrivée du président indien, tout en déployant les grands moyens pour la faire plier. Comme la non participation à la garden party et autres activités organisées par la présidente et le risque de subir un boycott systématique, et donc humiliant, durant les fêtes.

Il concède à ce qu'elle reste en poste pour « quelques jours encore » pour présider les cérémonies de l’indépendance.

Comme si ce n'était pas assez embrassant, l’opposition avait déjà fait savoir qu’elle comptait boycotter toutes les célébrations où la présidente sera présente. Un fait sans précédent le jour d'une fête nationale.

Le mélodrame a ensuite duré avec des rebondissements dignes d'une mauvaise télénovelas à la sauce mauricienne. Entre discussions, p'tits coups de pression, des "kouchou kouchou derrière la porte", le ministre Mentor, accessoirement papa du Premier ministre dans le rôle du négociateur, des valises prêtes puis défaites.

Madame la Présidente fait de la résistance !

Avec ce revirement de situation, Pravind Jugnauth a désormais deux options : enclencher les procédures de l’article 30 de la Constitution afin de destituer la présidente. Ou alors amender la Constitution afin de faire partir la locataire du Réduit à travers une nouvelle procédure, assouplie.

Sa destitution exigera une enquête complète sur toute la saga du bellâtre Sobrinho. C'est aussi une excellente occasion de répondre à un certain nombre de questions, à commencer par l'annonce du budget qui octroyait des licences bancaires d'investissement de la Banque de Maurice au Financial Commission à un homme d'affaires faisant l'objet d'une enquête internationale pour fraude, ou les rumeurs sur les voitures, villas et autres articles de luxe données à de très hautes personnalités.

La guerre des nerfs s'annonce intense.

Comme le ridicule n'est pas l'apanage intellectuelle du petit Pravind, l’opposition, qui parlait d’une seule et même voix pour la destitution d’Ameenah Gurib-Fakim avec une motion de blâme, semble faire du rétro pédalage. Des démarches sont en cours pour que l'inimitable Shakeel Mohamed, dans son show habituel, enlève sa motion de blâme. Des collectifs sous l'égide de quelques cinglés sont aussi de la partie pour manifester et montrer leur soutien à Ameenah Gurib-Fakim la "musulmane". L'affaire semble prendre désormais des proportions communales. Mauritius c'est un plaisir.

Le ZinfosBlog de La Mauricienne
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